QUELQUES TEXTES


Cineffable, un projet, une démarche : « Quand les lesbiennes se font du féminisme »
(texte paru dans le catalogue du 8e festival, 1996)

L'association Cineffable, support de gestion du festival "Quand les lesbiennes se font du cinéma", c'est d'abord 1300 adhérentes qui la composent et qui font d'elle aujourd'hui l'une des plus importantes associations lesbiennes de France. C'est aussi ce grand événement annuel de cinéma créé par et pour les lesbiennes, et qui en 8 ans d'existence n'a cessé de croître, au point de devenir un rendez-vous majeur pour la communauté lesbienne.

Organisé dans l'objectif de promouvoir le cinéma lesbien auprès d'un public ciblé, le festival a également pour but d'inciter à la création. C'est pourquoi des projets de plus en plus nombreux lui sont associés : exposition de plasticiennes, concours de scénarios, concours d'affiches, projet vidéo en vue de développer une Très Grande Télévision Lesbienne, concerts...

Face au manque d'images sur les lesbiennes et aux stéréotypes que véhicule généralement le cinéma, une nécessité s'est imposée à nous : celle de nous approprier nos images, de nous rendre actrices de nos propres représentations afin de rompre résolument avec le système d'oppression qui enferme les femmes.

L'histoire des femmes et plus encore des lesbiennes est totalement occultée. Par cette volonté délibérée de soutenir la production d'images par les femmes elles-mêmes, le festival est une contribution active à la constitution et à la transmission d'une histoire. C'est pourquoi, nous cherchons à promouvoir la visibilité du festival pour montrer aux distributeurs qu'un public existe, à faire connaître aux média et autres festivals les films présentés au travers d'un catalogue, à constituer une base de données comme point d'appui à un projet d'archives.

Faire connaître, affirmer notre existence, c'est la concrétisation du principe féministe "On ne revendique pas un juste droit d'exister, on le prend". Cet événement non mixte est l'occasion de nous retrouver, d'échanger, de partager nos expériences et productions. Cet espace-là que nous réservons durant quatre jours, notre "chambre à soi" comme disait Virginia Woolf est essentiel pour nous reconnaître et mieux nous penser.

Au-delà du projet de festival, Cineffable c'est aussi une démarche. Alors que la culture patriarcale nous imprègne d'images de passivité, la démarche de Cineffable est tournée vers l'action. C'est l'action qui fonce l'évolution de nos réflexions et de nos pensées, non l'inverse ! Parce que Cineffable agit, elle constitue un espace d'initiative et d'innovation collective. Elle est à ce titre un lieu de surgissement d'idées, de rencontre de compétences, et de qualification mutuelle. Par l'action qu'elle déploie, Cineffable contribue à la valorisation des savoir-faire des femmes qu'elle regroupe, et en cela aussi participe de leur émancipation.

L'association est autonome financièrement. Pour répondre à la difficulté d'obtenir des subventions publiques, elle fait un choix qui lui garantit son autonomie : l'autofinancement. Est-il besoin de rappeler la moindre capacité économique des femmes, les difficultés qui leur sont imposées pour accéder aux postes de pouvoir, tant de contraintes qui régulièrement les cantonnent dans des rôles de victimes et que Cineffable par son mode d'action décide de transformer en éléments de force. Un choix qui s'appuie sur un constat simple : nous disposons de compétences multiples et d'un moyen considérable, nos propres énergies. Mises en commun, elles sont décuplées. L'apport singulier de chacune constitue la ressource première de l'association.

Cineffable c'est encore une manière de travailler basée sur une organisation rigoureuse, non hiérarchique, concrétisée par un fonctionnement en commissions et dans laquelle toutes les adhérentes peuvent prendre une place active. Les festivalières qui adhèrent à l'association pour voir des films ne sont pas considérées comme des consommatrices, mais comme des membres à part entière. Elles sont régulièrement informées par le bulletin "Clap-info", elles sont sollicitées lors du festival pour renforcer l'équipe d'organisation (entrées de salle, accueil, cuisine, ménage...) mais aussi invitées à élire les prix du public, à créer l'affiche, à participer au concours de scénario, aux débats, à montrer leurs réalisations... Aux logiques de structure centralisatrices et bureaucratiques, Cineffable oppose la solidarité entre femmes, la dynamique des réseaux et des projets.

Inscrite dans son temps, l'action déployée s'appuie sur l'appropriation d'outils et de méthodes modernes sans cesse en évolution. Le procédé de sous-titrage a été créé pour un meilleur confort des festivalières (...) La Très Grande Télévision Lesbienne et le projet vidéo qui l'accompagne, participent de la même démarche de formation et de prise en main des techniques de production.

Tel est l'apport de Cineffable au féminisme. Ainsi va le génie des femmes, des lesbiennes, en action !


NON MIXTE, NON STOP
(texte paru dans le catalogue du 6e festival, 1994)

Nous sommes l'un des seuls festivals non mixtes de films de réalisatrices qui existe à l'heure actuelle. On nous demande souvent pourquoi. Répondre qu'il y a beaucoup de festivals de films où l'on ne montre que des films d'hommes, c'est éluder la question. Et pourtant, les réalisatrices ont bien moins d'opportunités de montrer leurs oeuvres, et cela va trop souvent de soi.

Mais au-delà, la non-mixité est un privilège. Se montrer, c'est bien, et nous ne nous en privons pas. Nous voulons aussi créer un événement de qualité où nous prenons d'emblée notre place. On entend en sourdine un mot très laid : "ghetto". Finissons-en avec ce ghetto ! Le ghetto est un lieu de ségrégation forcée, c'est l'antisémitisme, le racisme, le sexisme qui créent les ghettos, pas les juifs, pas les noirs, pas les femmes. Pas les lesbiennes non plus. Toutes les critiques sur le nouveau film culte lesbien des années 90 Go-Fish, s'accordent pour apprécier de le voir commencer là où les autres films lesbiens finissent : le lesbianisme y est pris comme donnée. Personne ne s'en défend, n'essaie de se justifier ou de sortir péniblement de son placard. Les héroïnes sont lesbiennes. Point. Elles vivent, elles aiment, et elles luttent. A-t-on jamais entendu dire que les hétérosexuels se mettent dans un ghetto parce qu'ils ne laissent pas de place à l'homosexualité ? Non, évidemment. Dit-on qu'un festival de films africains se met dans le ghetto ? Non, on dit que c'est l'expression d'une culture. Dit-on qu'on congrès de cardiologues se coupe du reste du monde ?

Alors, un festival de films gay, certainement, mais pourquoi un festival de lesbiennes non mixte ? Que les lesbiennes veuillent être actives dans les luttes pour les droits homosexuels, c'est une chose, mais il n'y a aucune raison de tout entreprendre conjointement. Si l'union fait la force, le "melting-pot" gay pris à dose massive risque aussi d'affaiblir nos idées et nos luttes. On utilise le terme homosocialité parce que l'homosexualité ne recouvre pas uniquement la sexualité mais aussi des modes de vie, des courants de pensée, des analyses politiques, une vision du monde, une remise en cause du tissu social. Or nous n'avons ni les mêmes désirs ni les mêmes priorités que les hommes homosexuels. Pourtant il semble parfois que la mixité rassure. Comme si on légitimait un choix sexuel "anormal" en reconstituant une image rassurante d'hétérosocialité pour nous-mêmes et pour la société. Notre objectif est-il de recréer une hétérosocialité qui accueillerait avec bienveillance les petits pédés et les gentilles lesbiennes à condition qu'ils veuillent bien se fiancer dans leurs entreprises publiques ?

Le féminisme est paraît-il une chose ancienne et pas très drôle. Le sexisme, l'homophobie, la catégorisation de genres, sont encore plus antiques et bien moins amusants. Si l'existence d'une communauté lesbienne forte qui se rassemble et qui veut créer dérange, tant mieux. N'est-ce pas aussi pour cela que nous voulons bouger ?

Se retrouver pendant cinq jours autour de films, de débats, cela n'exclut pas de participer au monde. C'est en temps de bonheur qui permet d'entrer de plain-pied dans la créativité lesbienne. Cette créativité est-elle spécifique ? Impossible de le nier même si elle ne fonctionne pas en circuit fermé. Elle est enrichie et influencée par tous les courants culturels, mais elle a une même histoire et aussi une immense question qui nous rassemble toutes : QUELLE EST LA SPÉCIFICITÉ DE LA CRÉATION LESBIENNE ? Les questions sans réponses sont les meilleures questions, ou en tout cas les questions qui n'ont pas de réponse unique.

Dans ce festival, nous voulons donner la place à une multiplicité de regards et de réflexions. Autant de créatrices lesbiennes, autant de points de vue. Ce qui n'empêche pas de grands courants artistiques de se dégager. Les courants Queer, Camp, SM, la fiction lesbienne, des courts métrages proches d'une écriture poétique et le cinéma expérimental. La production s'écarte maintenant nettement des témoignages bruts pour emprunter un langage plus personnel et artistique. La vidéo se travaille à présent tout comme le film et donne lieu à des réalisations esthétiquement remarquables. Et si les créatrices lesbiennes participent aux grands courants de notre temps, elles inventent aussi de nouvelles images et de nouveaux styles qui contribuent à enrichir la culture universelle.

Voilà pour le côté des réalisatrices, mais les spectatrices viennent aussi à ce festival pour trouver un lieu de vie et exprimer leur créativité dans un milieu privilégié. Créativité de pensée, d'initiatives et d'envies qui peuvent d'autant mieux se développer que leur expression ne donne lieu pour une fois à aucune lutte. Cette liberté, un milieu mixte ne la permettrait pas, comme l'ont montré par exemple les projections des films sur l'éjaculation des femmes. Diffusés dans un milieu non mixte, les débats ont fusé et l'atmosphère pendant la projection était survoltée, tandis que dans un milieu mixte, ce même sujet, même s'il soulevait un intérêt larvé, n'a permis à aucune question de s'exprimer.

Notre convivialité, c'est un espace de parole, d'échange d'idées et d'ouverture. En véhiculant des images de lesbiennes ou de femmes fortes, les films permettent aux spectatrices de se reconnaître et de se construire des images de soi positives et complexes. En les rassemblant, nous créons une page de notre histoire. Les films laissent des traces, le festival en lui-même est plus éphémère, mais par son existence il contribue à nous inscrire dans l'histoire, tout comme les archives lesbiennes. La visibilité s'inscrit à la fois dans le temps et dans l'espace.



Affiche 30e Festival 2018

Affiche réalisée par Penpeg
en téléchargement ici

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